Le fil de l’eau · le seuil

De la matière à l’être.

C’est comme ça que l’eau est entrée dans ma vie. Pas par une idée, pas par un livre. Par les bras.

7 min 07 · publié le 24 août 2026

Pendant deux ans et demi, ma famille et moi avons vécu dans une roulotte tirée par deux chevaux de trait. Deux chevaux, ça boit entre cent et deux cents litres d'eau par jour. Cette eau, il fallait aller la chercher. La porter. À la main. Tous les jours.

Et un jour, en portant les bidons, je me suis rendu compte que je faisais une distinction. Il y avait une eau potable, celle de ma famille. Et une autre, pour les animaux.

Sur quelle base, exactement ?

Ça fait quatorze ans. Je n'ai toujours pas fini de me poser la question.

Cet épisode est le seuil de la série. Sept minutes pour dire d'où je viens, ce que j'ai lâché en chemin, et ce que vous allez trouver ici.

Il y a une fontaine qui s'appelle Mélusine, conçue à Auroville, et qui a cessé de tomber en panne le jour où on a arrêté de la considérer comme une machine. Il y a un coup de téléphone du Vénérable Michel Thao Chan, qui m'a demandé de porter la voix de l'eau alors que je ne savais pas ce que ça voulait dire. Il y a la page blanche d'après, et le moment où je me suis senti nul. Ni doctorat, ni laboratoire, ni titre.

Et il y a la phrase qui résume ces quatorze années : je suis passé de la matière à l'être.

Le message par lequel tout a commencé ferme l'épisode. C'est lui que je vais passer des mois à essayer de vous transmettre.

LE GESTE, À LA FIN

Il prend une minute. Allez chercher un verre d'eau, le robinet fera très bien l'affaire. Posez-le devant vous. Puis écrivez quelque part une question que vous vous posez sur cette eau et à laquelle vous ne savez pas répondre. Une seule. Gardez le papier.

Dans quelques semaines, ressortez-le. Vous verrez combien de vos questions auront trouvé une réponse. Et vous verrez surtout qu'il y en aura auxquelles moi non plus je ne sais pas répondre. C'est exactement pour celles-là que je fais cette série.

LE CHIFFRE DE L'ÉPISODE

Cent à deux cents litres. Ce que boivent deux chevaux de trait en une journée.

ET APRÈS

L'épisode suivant commence par quelqu'un. Un torrent en Autriche, il y a un peu plus de cent ans. Un garde-forestier. Et une truite qui ne bouge pas.

Une goutte d’eau retenue au bord d’une feuille couverte de rosée, sur un fond d’herbes floues.
Maude Mytae – Quand l’eau rencontre la terre

Deux chevaux, deux cents litres par jour

Deux chevaux de trait boivent entre cent et deux cents litres d’eau par jour.

Et quand vous vivez dans une roulotte tirée par ces deux chevaux-là, cette eau, il faut aller la chercher. La porter. À la main. Tous les jours.

Pendant deux ans et demi, c’est ce qu’on a fait, avec ma famille, sur les routes de France.

C’est comme ça que l’eau est entrée dans ma vie. Pas par une idée, pas par un livre. Par les bras.

Et un jour, en portant ces bidons, je me suis rendu compte que je faisais une distinction. Il y avait une eau potable, celle de ma famille. Et une autre, pour les animaux.

Sur quelle base, exactement ?

Ça fait quatorze ans. Je n’ai toujours pas fini de me poser la question.

Si on la considérait comme un être ?

Je m’appelle Yannick Mytae.

Vous écoutez Le fil de l’eau.

Après la roulotte, il y a eu un vieux car scolaire qu’on avait transformé en maison. Et là, le problème change. Pour être libres d’aller où on veut, il faut pouvoir potabiliser soi-même. N’importe où. Dans un lac, une rivière, et parfois dans des endroits où vous n’iriez pas remplir un verre.

C’est là qu’une fontaine est entrée dans notre vie. Conçue à Auroville, en Inde. Elle s’appelle Mélusine.

Pendant longtemps, pour moi, c’était un appareil. Un appareil qui tombait en panne, en plus – des fuites, des dysfonctionnements. Normal : elle vivait dans un bus, elle prenait les vibrations, les pistes. Et comme c’est moi qui réparais, je râlais.

Et un jour, Maude me dit ceci.

– Yannick, ça serait bien qu’on arrête de considérer cette fontaine comme une machine. Après tout, elle nous donne l’eau qu’on boit, l’eau de nos enfants. Elle nous donne la vie. Si on la considérait comme un être à part entière ?

Bon. On l’a fait.

Et à partir de ce moment-là, je n’ai plus jamais eu de problème avec cette fontaine.

Vous en pensez ce que vous voulez. Moi, je vous raconte ce qui s’est passé.

S’il fallait résumer ces quatorze années en une phrase, ce serait celle-là : je suis passé de la matière à l’être.

Le coup de téléphone

Il y a deux ans, quelqu’un m’a appelé.

Je venais de lui écrire un mail. Un homme que j’avais rencontré, le Vénérable Michel Thao Chan, qui œuvre pour la paix dans le monde. Je lui avais demandé, en gros : comment on fait pour agir pour la paix, à un moment où les conflits se multiplient ?

Une heure après, mon téléphone sonnait.

– Il y a des gens qui sont faits pour aller sur le terrain, aider les démunis. Toi, tu dois porter la voix de l’eau. Tu dois parler de la luminescence de l’eau.

– Mais… je ne sais pas ce qu’est la luminescence de l’eau.

– Tu dois parler de la vie de l’eau. De sa dynamique. Tout est vibration. Tu dois élever la conscience que les gens ont de l’eau dans la vie de tous les jours. C’est ça, ta participation pour œuvrer pour la paix.

J’ai raccroché en me sentant pousser des ailes. Ça a duré quelques jours.

Après, je me suis retrouvé devant une page blanche, et je me sentais nul. Qui étais-je pour écrire sur un sujet dont personne ou presque ne parle ? Moi qui n’ai rien étudié de l’eau. Ni doctorat, ni laboratoire, ni titre.

J’ai mis des mois à comprendre que ce n’était pas un problème. Que ce n’était même pas la question.

Ce que j’ai lâché en quatorze ans

Parce qu’en quatorze ans, j’ai lâché beaucoup de choses.

J’ai lâché l’idée qu’il existe une solution. On est tous uniques – des goûts différents, des envies différentes, des façons de faire différentes. On peut nous ranger dans des cases, bien sûr, mais on ne peut le faire qu’en nous réduisant.

Donc non. Je ne crois pas qu’il y ait une solution. Je ne crois pas qu’un système soit meilleur qu’un autre. Et je ne crois pas qu’une vérité en écrase une autre.

Je crois qu’on doit suivre ce vers quoi on est attiré.

Et j’ai lâché autre chose. L’envie de convaincre.

Mes convictions, je n’ai pas besoin de les défendre. Je les ai construites sur mon propre référentiel, avec ce que j’ai vu, ce que j’ai touché, ce que j’ai vécu.

Le jour où je chercherais à vous les imposer, ça voudrait dire qu’il y a quelque chose de tellement fragile en moi que j’aurais besoin de votre accord pour m’en convaincre moi-même.

Alors je ne vais rien vous imposer. Je vais vous raconter ce que j’ai trouvé.

À quoi ressemble un épisode

Deux mots sur ce que ça va donner.

Des épisodes de dix minutes, qui alternent deux choses. Un épisode sur quelqu’un – quelqu’un qui a consacré sa vie à cette question, et qui l’a souvent payé cher. Puis un épisode sur l’eau elle-même. Une notion, une seule, qu’on regarde de près.

Quelqu’un pose une question. L’eau y répond.

Et à la fin de chaque épisode, je vous demanderai de faire quelque chose. Jamais plus de deux minutes. Jamais rien à acheter.

Vous allez entendre des chiffres, des dates, des expériences de laboratoire. Et vous allez aussi m’entendre parler de choses qui ne se mesurent pas.

Ça ne me pose aucun problème, et je vais vous dire pourquoi. Nous sommes des êtres incarnés. Nous ne sommes pas que de la matière – et nous ne sommes pas des êtres éthérés non plus. Ne regarder que la matière, c’est se couper d’une grande partie de qui nous sommes et de comment nous fonctionnons.

L’eau, c’est pareil.

Le message

Il y a deux ans, avant une conférence, j’ai reçu un message. Je l’ai transmis ce jour-là à une centaine de personnes, et je le redis ici, parce que c’est par lui que tout a commencé et que c’est lui que je vais passer des mois à essayer de vous transmettre.

L’eau est notre amie. Considérons-la.

Elle donne tout, à chaque instant, sans jamais rien demander en retour.

Offrons-lui notre conscience. Considérons-la pour ce qu’elle est : la Vie.

Le geste

Une minute.

Alors on commence tout de suite. Ça prend une minute.

Allez chercher un verre d’eau. Le robinet fera très bien l’affaire.

Posez-le devant vous.

Prenez un instant pour vous centrer. Une profonde respiration.

Et regardez-le.

Puis écrivez quelque part une question que vous vous posez sur cette eau, et à laquelle vous ne savez pas répondre. Une seule. Ce que vous voulez… d’où elle vient, ce qu’il y a dedans, pourquoi elle est liquide, pourquoi elle a ce goût-là.

Gardez ce papier.

Dans quelques semaines, ressortez-le. Vous verrez combien de vos questions auront trouvé une réponse.

Et vous verrez surtout qu’il y en aura auxquelles moi non plus je ne sais pas répondre.

C’est exactement pour celles-là que je fais cette série.

Ce qui suit

La semaine prochaine, on commence par quelqu’un.

Un torrent en Autriche, il y a un peu plus de cent ans. Un garde-forestier. Et une truite qui ne bouge pas.

La truite – à paraître

Les sources

  • Le fil de l’eau, introduction et corps du manuscrit – les chevaux, les cent à deux cents litres, la distinction entre l’eau de la famille et celle des animaux, le car scolaire, Mélusine.
  • La luminescence de l’eau, BoD, 2024 – l’appel du Vénérable Michel Thao Chan, « je me sentais nul », et le message transmis à l’université d’été du CNR.
  • La phrase de Maude sur la fontaine : session 1 de la masterclass, verbatim.
  • Ses mots du 2 août 2026 – le passage de la matière à l’être, l’abandon de l’idée de solution, le mécanisme de l’imposition, et les êtres incarnés.

Musique : Arthur Mytae.

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