Le fil de l’eau · le quatrième état de l’eau

Pollack.

La semaine dernière, on a compté. Onze dilutions au centième, et il ne reste plus une seule molécule dans le verre.

10 min 08 · publié le 28 octobre 2026

Texte et voix : Yannick Mytae · Musique et mastering : Arthur Mytae

La semaine dernière, on a compté. Onze dilutions au centième, et il ne reste plus une seule molécule dans le verre. Aujourd’hui, on part de votre propre corps. Regardez le bout de vos doigts. Le sang arrive jusque-là, et une seule pompe pour le pousser, là-haut, dans la poitrine. Et si, quand le cœur s’arrête, le sang continuait de circuler ?

En 1960, à Varsovie, le chirurgien Leon Manteuffel-Szoege retire le cœur à des embryons de poulet, et le sang continue de couler dans les veines. Un demi-siècle plus tard, à Moscou, la question arrive devant Gerald Pollack. Dans son laboratoire, contre une surface qui aime l’eau, les microbilles reculent et laissent une bande d’eau claire : la zone d’exclusion, une eau organisée en feuillets, un quatrième état. Du négatif d’un côté, du positif de l’autre : une batterie, que la lumière recharge, surtout l’infrarouge, la chaleur. Dans un embryon de poulet de trois jours, cœur arrêté, le sang circule une cinquantaine de minutes, et sous l’infrarouge presque quatre fois plus vite. Ça ne fait pas consensus. Et ça m’est égal. Puis le sang qui avance en spirale, le dixième de degré de Schauberger, et l’institut que Pollack a fondé. Nous sommes des batteries vivantes.

Le geste : les deux paumes l’une en face de l’autre, à trois ou quatre centimètres, les yeux fermés, et attendre la chaleur qui passe de l’une à l’autre. Cette chaleur-là, c’est de l’infrarouge.

Sources : Manteuffel-Szoege L., « Energy Sources of Blood Circulation and the Mechanical Action of the Heart », Thorax 15(1), 1960, pp. 47-53 · Li Z. et Pollack G.H., « Surface-induced flow: A natural microscopic engine using infrared energy as fuel », Science Advances 6(19), 2020 · Li Z. et Pollack G.H., « On the driver of blood circulation beyond the heart », PLoS ONE 18(10), 2023, pour l’embryon de poulet, de 41 à 153 µm/s · Rohani M. et Pollack G.H., Langmuir 29(22), 2013 · Pollack, Le quatrième état de l’eau, édition française 2019, avec Marc Henry · Pollack G.H., « Revitalizing science in a risk-averse culture », Cell Mol Biol 51(8), 2005 · une conférence de Gerald Pollack, pour la scène de Moscou et la phrase sur l’argent · Stonebridge et Brophy, The Lancet 338, 1991, Stonebridge et al., Clin Sci 91(1), 1996, et Kilner et al., Circulation 88(5), 1993, pour le sang en spirale.

Une feuille d’herbe verte en très gros plan, couverte de centaines de minuscules gouttes de rosée alignées le long de ses nervures, devant un fond vert flou.
Maude Mytae – Quand l’eau rencontre la terre

La semaine dernière, on a compté. Onze dilutions au centième, et il ne reste plus une seule molécule dans le verre.

Je vous ai laissés avec une idée : ce qu’on fait à une eau, l’agitation, la chaleur, le mouvement, ce n’est pas moins réel que ce qu’on y met.

Aujourd’hui, je voudrais prendre cette idée au sérieux, en partant de votre propre corps.

Regardez le bout de vos doigts.

Le sang arrive jusque-là, dans des vaisseaux si fins que les globules rouges doivent se plier pour y passer. Un réseau immense, et une seule pompe pour le pousser, là-haut, dans la poitrine.

Comment est-ce qu’elle y arrive ?

Et si je vous disais que, quand le cœur s’arrête, le sang continue de circuler ?

Un chirurgien polonais, en 1960

Cette question, un chirurgien polonais se la posait déjà en 1960. Il s’appelait Leon Manteuffel-Szoege, il opérait à Varsovie, et le cœur, il le connaissait de l’intérieur.

Il a commencé par une expérience toute simple : un réservoir, un tuyau, et au milieu, une éponge bien tassée. L’eau ne passe presque plus. Il en tire une idée. Pour faire passer autant de sang, aussi vite, à travers les capillaires, il faudrait une pression bien plus élevée que celle que donne le cœur.

Il s’est tourné vers des embryons de poulet de trois ou quatre jours. Il leur a retiré le cœur. Et le sang a continué de couler dans les veines. Dix minutes, quinze, parfois vingt.

Sa conclusion ? Le sang possède une autre source d’énergie que le cœur. Cette énergie, écrivait-il, est inséparable de la température du corps.

Alors qu’est-ce qui pousse ?

Cinq minutes plus tard, il est convaincu

Un demi-siècle plus tard, la question arrive devant Gerald Pollack. À Moscou, chez un ami biologiste, Vladimir Voeikov.

Pollack raconte la scène lui-même. Un collègue de Voeikov, qui ne parle que le russe, lui dit qu’il y a un gros problème dans le système cardiovasculaire. Pollack a fait sa thèse sur les pressions et les flux du cœur. Il pense que tout est compris, et il écoute d’un peu haut.

Cinq minutes plus tard, il est convaincu.

Les globules rouges sont plus larges que les plus fins des capillaires : il faut les serrer pour qu’ils passent. Et d’après les calculs du collègue russe, pour y arriver seul, le cœur devrait développer une pression de l’ordre d’un million de fois la sienne. Même en se trompant de beaucoup, on reste très loin du compte.

Or Pollack a peut-être la réponse. Il vient de la voir dans son propre laboratoire.

C’est un chemin

C’est la réponse la plus belle que je connaisse.

Ce n’est pas lui qui m’a amené à l’eau. Mais il compte parmi ceux qui ont le plus nourri ma façon de la penser.

Son livre, Le quatrième état de l’eau, a été traduit en français il y a quelques années. Ce qui m’y a pris, ce n’est pas une page en particulier. C’est un chemin.

D’abord le premier chapitre, qui ne fait que poser des questions : toutes ces anomalies de l’eau qu’on a sous les yeux et qu’on n’explique pas. Puis toute la partie sur l’énergie. Et enfin, ce qu’est vraiment une batterie humaine.

C’est ce chemin-là que je vous propose de faire avec moi.

Pollack est professeur de bio-ingénierie à l’université de Washington, à Seattle. Il a reçu la médaille Prigogine en 2012. Ce n’est pas un homme en marge, mais ce qu’il raconte est énorme.

Une bande d’eau parfaitement claire

Tout part d’une expérience que vous pouvez vous représenter en dix secondes.

On plonge dans l’eau un morceau d’un plastique particulier, du Nafion, un matériau qui aime l’eau. Dans cette eau, on a mis des microbilles, juste pour voir ce qui se passe.

En quelques minutes, les billes reculent. Elles s’écartent de la surface et laissent une bande d’eau parfaitement claire, où il n’y a plus rien.

Quelle épaisseur, cette bande ? Plusieurs centaines de micromètres, parfois plus d’un demi-millimètre. Les manuels prévoyaient quelques nanomètres. Cent mille fois moins.

Pollack appelle cette bande la zone d’exclusion, et il dit que ce n’est plus tout à fait de l’eau liquide. Ni de la glace, ni de la vapeur : une eau organisée en feuillets, un quatrième état.

Ça ne fait pas consensus. Et ça m’est égal. C’est documenté, c’est reproduit dans d’autres laboratoires, c’est reproductible.

C’est une batterie

Mais le plus beau, ce n’est pas la bande claire. C’est ce qu’elle porte.

Cette eau organisée est chargée négativement, et l’eau juste au-delà devient positive. Ça se mesure avec une électrode.

Du négatif d’un côté, du positif de l’autre. Qu’est-ce que c’est, ça ?

C’est une batterie.

Et qu’est-ce qui la recharge ? La lumière. Plus on éclaire, plus la zone grandit, surtout dans l’infrarouge, c’est-à-dire ce que nous appelons, dans la vie courante, la chaleur.

Une batterie faite d’eau, rechargée par la chaleur. Cette batterie, Pollack l’a vue travailler.

Il prend un petit tube fait d’un matériau qui aime l’eau, et il le plonge dans l’eau. Aucune différence de pression entre les deux bouts : rien ne devrait bouger. L’eau se met à couler à travers le tube, toute seule. Éclairez-le, et le débit est multiplié par cinq.

Il appelle ça un moteur, un moteur dont le carburant est la lumière.

Il passe ensuite au vivant, avec un embryon de poulet de trois jours. Le même animal que le chirurgien de Varsovie, soixante ans plus tôt. On arrête le cœur. Le sang continue de circuler une cinquantaine de minutes. Sous l’infrarouge, il circule presque quatre fois plus vite.

Vous voyez où ça nous ramène ? Au bout de vos doigts.

Le cœur n’est pas seul

Pour moi, c’est là que tout s’éclaire.

Le cœur n’est pas seul. Le long de chaque vaisseau, contre chaque paroi, l’eau s’organise, se charge, et pousse. Elle fait une part du travail, et elle le fait avec notre propre chaleur.

Et vous vous souvenez de l’épisode sur le vortex ? Je vous disais que le tourbillon n’est pas une technique inventée pour traiter l’eau. C’est ce que le vivant fait partout : la sève, l’air, le sang.

Mettez les trois ensemble. Un cœur qui donne l’élan. Un sang qui tourne sur lui-même en avançant. Et une eau, le long des parois, qui se recharge à la chaleur du corps et qui pousse.

Le sang qui tourne, ce n’est pas une image. Dans l’aorte et dans les artères des jambes, l’imagerie médicale le montre : chez des volontaires en bonne santé, il avance en spirale.

Qu’est-ce que ça donne ? Une circulation qui ne demande presque aucun effort, une mécanique au sens le plus noble du mot.

Nous sommes des batteries vivantes

C’est ça que je perçois quand je lis Pollack. Le corps, le nôtre, celui des animaux, celui de tout ce qui vit, est une machine incroyablement optimisée, dont une part importante de l’énergie vient de la chaleur et de la lumière.

Nous sommes des batteries vivantes.

Je repense à Schauberger, dont je vous ai raconté l’histoire au début de cette saison. Il disait qu’un dixième de degré change le comportement de l’eau, et il comparait l’eau au sang. On l’a pris pour un fou.

Mais si l’eau du vivant se recharge à la chaleur, son dixième de degré n’a plus rien de fou.

Pourquoi est-ce qu’on n’en parle pas davantage ?

Alors pourquoi est-ce qu’on n’en parle pas davantage ?

Pollack le dit lui-même, en conférence, avec ses mots : l’argent est un vrai problème, surtout pour ce qui va à contre-courant. C’est vraiment difficile d’obtenir des fonds pour ça.

Pour moi, c’est simple : les questions qu’on se pose dépendent de ce qu’on accepte de financer. Une piste qui bouscule ce qu’on croit savoir ne trouve pas d’argent. Pas parce qu’elle est fausse, parce qu’elle dérange.

Il aurait pu s’en plaindre. Il a préféré faire autre chose.

Alors il a fondé un institut, l’Institute for Venture Science. Le principe est simple. On choisit une idée qui conteste ce qui est établi, et on la confie à plusieurs équipes indépendantes, partout dans le monde, en même temps.

J’aime ce geste-là. Il ne demande la permission à personne, il ouvre la porte lui-même.

C’est pour ça que j’aime les gens dont je vous parle dans cette série. J’aime leurs travaux, leur ouverture, leur direction.

Révolution ou pas ?

Alors, le quatrième état de l’eau, révolution ou pas ?

Pour moi, la révolution n’est pas dans le nom. On l’appellera comme on voudra. Elle est dans ce qu’il permet de comprendre de nos systèmes : notre sang, nos cellules, nos plantes, tout ce qui vit, et qui vit en partie de lumière.

Le geste

Trente secondes.

Le geste de cette semaine ne coûte rien et prend trente secondes.

Prenez un instant pour vous centrer. Une profonde respiration.

Mettez vos deux paumes l’une en face de l’autre, à trois ou quatre centimètres, sans qu’elles se touchent. Fermez les yeux.

Attendez. Vous allez sentir la chaleur passer de l’une à l’autre. Elle est là, elle est continue, et elle ne vous coûte rien : votre corps la produit sans arrêt.

Cette chaleur-là, c’est de l’infrarouge.

C’est exactement ce dont Pollack dit qu’il recharge l’eau de nos vaisseaux. Vous êtes en train de tenir dans vos mains ce qui recharge votre propre batterie.

Ce qui suit

Et vous savez qui a amené Pollack à l’eau ?

Un autre. Un chercheur venu de Chine, Gilbert Ling. Pollack dit de lui qu’il a changé toute sa vie. Et ce que Ling affirmait tenait en une phrase : dans nos cellules, l’eau n’est pas comme l’eau d’un verre.

La semaine prochaine, on ferme cette saison, et on va regarder cet endroit-là. Celui où toute cette histoire se joue vraiment.

Pas un torrent. Pas un verre. L’intérieur d’une cellule.

L’eau dans la cellule – à paraître

Les sources

  • Le point de départ : Manteuffel-Szoege L., « Energy Sources of Blood Circulation and the Mechanical Action of the Heart », « Thorax » 15(1), 1960, pp. 47-53, DOI 10.1136/thx.15.1.47 (texte intégral PMC1018533).
  • Manteuffel-Szoege L. et al., « J Cardiovasc Surg » 7(3), 1966, pp. 201-208, PMID 5938806.
  • Flux persistant de 15 minutes à plusieurs heures chez la souris, le rat, le chien : corpus résumé par Li et Pollack 2023 (réf. 4 à 7).
  • Pollack, professeur de bio-ingénierie, médaille Prigogine 2012 : UW Bioengineering, https://bioe.uw.edu/portfolio-items/pollack (« Professor of Bioengineering » ; « Prigogine Medal, for thermodynamics and physical chemistry, 2012 ») ; pollacklab.org, billet du 07/07/2012 « Awarded Prigogine Medal ». Médaille créée en 2004 par l’université de Sienne et le Wessex Institute of Technology. Vérifié le 14/10/2026.
  • Li Z., Pollack G.H., « Surface-induced flow: A natural microscopic engine using infrared energy as fuel », « Science Advances » 6(19), 2020, eaba0941, DOI 10.1126/sciadv.aba0941 (le ×5, tube).
  • Li Z., Pollack G.H., « On the driver of blood circulation beyond the heart », « PLoS ONE » 18(10), 2023, e0289652, DOI 10.1371/journal.pone.0289652 (embryon de poulet de 3 jours, KCl, environ 50 min, ×3,7 : de 41 à 153 µm/s, dit « presque quatre fois »).
  • Rohani M., Pollack G.H., « Langmuir » 29(22), 2013, pp. 6556-6561, DOI 10.1021/la4001945.
  • Pollack, « Le quatrième état de l’eau » (édition française 2019, avec Marc Henry).
  • Pollack G.H., « Revitalizing science in a risk-averse culture », « Cell Mol Biol » 51(8), 2005, pp. 815-820, PMID 16359631 : « Grant awards tend to be “safe” rather than bold. This discourages the fresh approaches that may bring important breakthroughs. »
  • Institute for Venture Science : pollacklab.org/jerry (« founded in 2013 ») ; ivscience.org/about-ivs (symposium de lancement 2015, premier appel 2016) ; modèle : « simultaneously funds multiple research groups worldwide for each selected proposal ».
  • La scène de Moscou, la phrase sur l’argent et Gilbert Ling : conférence de Gerald Pollack, https://www.youtube.com/watch?v=GhGweUse7m0 (« approximately 1 million times » ; « Money is a real real problem to get especially for stuff that goes against the mainstream » ; « he changed my whole life » ; « in biological cells the water is not like water in a glass »).
  • Le sang en spirale : Stonebridge P.A., Brophy C.M., « Spiral laminar flow in arteries? », « The Lancet » 338, 1991, pp. 1360-1361, DOI 10.1016/0140-6736(91)92238-w (angioscopie, artères des jambes).
  • Stonebridge P.A. et al., « Spiral laminar flow in vivo », « Clin Sci » 91(1), 1996, pp. 17-21, DOI 10.1042/cs0910017 (Doppler couleur, artères fémorales, 11 hommes sains, rotation stable chez tous).
  • Kilner P.J. et al., « Circulation » 88(5), 1993, pp. 2235-2247, DOI 10.1161/01.cir.88.5.2235 (IRM, crosse de l’aorte, 10 volontaires).
  • Thèse de Manteuffel-Szoege citée par Furst, « The Heart and Circulation » (Springer), chap. « Circulatory and Respiratory Functions of the Blood ». Li et Pollack 2023, introduction : « the heart cannot be the only driver of the circulation ».
  • Dans la série : « Le serpent » (Schauberger, le dixième de degré, l’eau et le sang) · « Le vortex » (« le sang, la sève, l’air ») · « Qu’est-ce qu’une dilution » (« ce qu’on fait à une eau »).

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